9 08 2015

Enfances


Juste parce que j’aime cette photo.


Lors de mon dernier passage à Paris, Valéria, mon éditrice chez Grasset jeunesse, m’a offert l’album paru en même temps que Les petits jours de Kimi et Shiro : Le panier de pique-nique de Gabriele Rebagliati au texte et Susumu Fujimoto aux illustrations.
Un grand album au format rare dans lequel on plonge physiquement.
Une belle histoire qui bouscule l’intime, là où se questionne le lien avec nos parents, biologiques, adoptifs ou même imaginaires. Là où se jouent probablement des émotions enfouies depuis la petite enfance.

L’émotion suscitée par cet album m’a ramenée au roman graphique d’Alison Bechdel, C’est toi ma maman?. A. Bechdel y décortique sa relation avec sa mère, se confrontant, avec courage, aux abysses de son esprit pour en comprendre ce qu’il y a d’humain et d’universel ; elle se réfère souvent à Alice Miller : « L’enfant qui supprime ses propres sentiments afin de satisfaire un parent a, en quelque sorte, été abandonné. Plus tard, quand ces sentiments d’abandon commencent à émerger en cours d’analyse, ils s’accompagnent d’une intensité de douleur et de désespoir à laquelle il est évident que ces gens n’auraient pu survivre auparavant. »

Certains scénarios, romans, films… nous tirant des larmes, nous plongeant soudainement dans le chagrin, suffisent à mesurer la puissance de ces sentiments enfouis.
Le panier à pique-nique, à l’évidence admirablement traduit/adapté par Christian Demilly, dégage une rare intensité, et, avec finesse et légèreté, nous met tout petit, soulevé par les mots et les images de Rebagliati et Fujimoto.
Rangé dans la case littérature jeunesse et donc accessible aux très jeunes personnes, ce livre est néanmoins un chef d’œuvre littéraire. Un bijou, qui en quelques pages, quelques images, parvient à secouer le lecteur et le temps de la lecture, lui offrir d’être pleinement au Monde.


Merci Valéria pour ce magnifique cadeau.

8 08 2015

juste là

crache le dragon
apprivoise les fantômes
au feu ancêtres
grille la mort
récure balaie ménagerie
chemin paysage corps
liberté plaine vivante
bivouac ta place

Montauban, juin 2015

Admise au capet Arts appliqués, option DMA illustration.
Je serai professeur stagiaire à la rentrée.
Voilà ce qui se tramait depuis cet automne.
Grand soulagement.
Et grand épuisement.
Juillet n’a pas suffit pour reprendre du souffle,
puisse août s’attarder, même un peu.

et puis Kimi et Shiro chroniqués
> chez les fameux libraires de l’espace coucou et bisous J & M
> chez Clarabel
> dans le carnet de Mya
> sur le site de Ricochet
> chez le lapin blanc

+ un portrait de ma pomme dans la presse locale

+ Kimi et Shiro à Montauban pendant la première édition de Lire en short

13 06 2015

updates

Anne m’avait montré les textes en novembre et l’équipe de Grasset Jeunesse avait donné son feu vert en décembre. Au lendemain de l’assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo, je me suis sentie autant sonnée que soudain réveillée. Dessiner, peindre, tracer, mes gestes. Je me suis enfermée dans mon bureau, tous les matins, tôt, souvent même très tôt. Et j’ai peint dans le souffle de la détonation. En un mois et demi, des premières idées au rendu. Certains albums m’ont occupée des années. Celui-là moins de deux mois. Ne vous fiez pas à son apparence « vite fait ». Pour chaque illustration il y en a une dizaine, une quinzaine que je n’ai pas choisies. Travailler en légèreté, recommencer et recommencer, garder un trait rapide et aérien, est un travail de patience exigeant .
Les petits jours de Kimi et Shiro est accessible à tous les lecteurs. Les plus jeunes, comme les plus vieux. Les petits jours de Kimi et Shiro, c’est l’urgence de se rappeler que la vie est une petite poussière dans l’infini, mais aussi l’essence même de la poésie.

30 V 2015

Mes illustrations pour Kimi et Shiro combinent ce que j’aime depuis toujours, les couleurs lavées à l’eau et un trait rapide. Je pense autant à mon premier album, Hurlovent, qu’aux Ailes d’Anna. Kimi et Shiro peuvent êtres frères, sœurs, amoureux, amis, jeunes ou vieux, vous pouvez l’offrir au dernier bébé de votre entourage, à votre tata ou à votre neveu reçu au bac, chacun s’y reconnaîtra. Mais s’il vous plaît ne l’achetez pas sur Amazon.

30 V 2015

Et quelques nouvelles : ça va.
Je me suis embarquée dans plusieurs projets qui me font tourner la tête en cette fin d’année scolaire. J’écrirai peut-être quelques mots à propos pendant l’été.
Et Gudule, l’auteure de ma première commande d’illustration est décédée. Je ne l’avais rencontrée qu’une fois, et je n’avais jamais imaginé que ce serait la seule…

>> mon portfolio mis à jour, avec une petite vidéo promotionnelle
>> un article sur Kimi et Shiro
>> un autre article
>> et encore un autre.

 

24 03 2015

derniers souffles

Derniers souffles d’hiver, les carottes du marché m’amusent.

 

Et dernières respirations au centre de la France…

Ceux qui lisent ce blog (depuis juin 2007!) connaissent mon goût pour les voyages en train, en particulier ceux qui roulent lentement et traversent les paysages les plus beaux
Inexorablement, depuis des années, la SNCF programme leur disparition : suppression d’horaires, de portions de trajets, allers-retours et/ou correspondances impossibles, et propose « par défaut » des trajets via de grandes villes, de préférence celles où passe le TGV. Alors que le centre de la France regorge de lignes tout à fait délicieuses de par la beauté sauvage des paysages traversés, le trafic s’amenuise, on remplace les trains par des bus dans lesquels nos jambes n’ont pas de place, où l’on ne peut ni se lever, ni aller aux toilettes, on souffre dans les virages des routes de campagne, on est tributaire des aléas de la circulation à l’entrée des agglomérations, dur de lire, de dessiner, quand souvent il faut en plus subir la radio épuisante du chauffeur. À son ouverture l’année dernière, le site du musée Soulages de Rodez n’indiquait même pas l’existence d’une ligne directe avec Paris! (Et à l’heure actuelle, il n’est nulle part mentionné que quelques merveilleux wagons couchettes circulent chaque nuit entre Rodez et Paris, ni que des correspondances sont possibles via Aurillac, Figeac, Séverac… Et… oh! surprise! Tous les weekends de mai le trafic Intercités sera perturbé pour cause de chantier! Étrange, non?!). On préfèrera vous faire passer par Toulouse ou même Montpellier -pardon? Clermont-Ferrand? Il y a une gare?- vous faire râler car c’est long, vous encourager à prendre l’avion ou un co-voiturage (car les sites de la SNCF proposent sans rire ces replis-là!).

Ce billet comme un plaidoyer pour vos prochaines vacances, prenez le TER ou l’Intercité, prenez le temps! Parcourez avant sa fermeture programmée la ligne Clermont-Béziers (la directe, pas via Lyon! trains 15940 ou 41), qui remonte la haute vallée de l’Allier, dessert un bout de Cantal, franchit le viaduc de Garabit, traverse l’Aubrac, longe les contreforts ouest du Larzac et arrive au bord de la Méditerranée… Transitez de Brive à Clermont, ou inversement, en passant par Aurillac et le Cantal, faites étape dans les villages encore desservis, campings, auberges et rivières sont au rendez-vous!

 

 

17 03 2015

l’enfant bourreau

ce qui chemine toujours

Hier, une colonne dans Libé signalait l’émotion d’élèves Toulousains ayant reconnu un ancien camarade d’école primaire dans le rôle de l’enfant-bourreau apparaissant dans la dernière vidéo choc de l’EI…

Ce n’est pas tant le fait qu’un enfant ait été endoctriné et entraîné à tuer qui me choque, car non seulement ce n’est pas une invention de l’EI, mais il est hélas évident qu’on pouvait s’y attendre (l’enfant soldat étant une constante typique des sociétés corrompues : mafias, milices, etc…) ;  je suis tout autant outrée que des enfants aient eu accès à ces vidéos (via leurs comptes facebook).
Bien sûr qu’on peut parler à nos enfants de la guerre et des ses horreurs, bien sûr qu’on doit éduquer à discerner la propagande et la mise en scène calculée de ces vidéos. Mais justement, nul besoin de les visionner.

Le mois dernier, Abdelasiem El Difraoui, écrivain politologue, spécialiste de la propagande djihadiste, était l’un des invités de l’émission radio Culturesmonde (France Culture) qui ce jour-là proposait une table ronde d’actualité internationale : « La coalition résistera-t-elle à la surenchère macabre de Daesh ?« . Surenchère véhiculée par ces vidéos savamment orchestrées, une guerre médiatique en somme. En soulignant l’appétit des médias à donner des détails macabres, offrant ainsi une large place à l’EI, relayant leur intention de jouer sur nos peurs, Mr El Difraoui déplore l’absence de réflexion approfondie quant à la manière de traiter ces vidéos ; « c’est vraiment le pire des productions de nos sociétés, la société occidentale en général, (…) ces gens ont probablement vu plus de films d’horreur qu’ils ont lu de Coran, (…) ils sont imprégnés des pires productions hollywoodiennes, ou pas, ou de la télé-réalité, et ils transforment cette horreur en réalité ». Quand on sait qu’une majorité d’occidentaux composent les rangs de l’EI, on peut supposer qu’il existe effectivement un lien entre culture de la médiocrité et propagande par l’image filmée. Et questionner la responsabilité de cette médiatisation de l’horreur totale, car précisément, le terrorisme n’existe pas sans médiatisation.