13 06 2015

updates

Anne m’avait montré les textes en novembre et l’équipe de Grasset Jeunesse avait donné son feu vert en décembre. Au lendemain de l’assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo, je me suis sentie autant sonnée que soudain réveillée. Dessiner, peindre, tracer, mes gestes. Je me suis enfermée dans mon bureau, tous les matins, tôt, souvent même très tôt. Et j’ai peint dans le souffle de la détonation. En un mois et demi, des premières idées au rendu. Certains albums m’ont occupée des années. Celui-là moins de deux mois. Ne vous fiez pas à son apparence « vite fait ». Pour chaque illustration il y en a une dizaine, une quinzaine que je n’ai pas choisies. Travailler en légèreté, recommencer et recommencer, garder un trait rapide et aérien, est un travail de patience exigeant .
Les petits jours de Kimi et Shiro est accessible à tous les lecteurs. Les plus jeunes, comme les plus vieux. Les petits jours de Kimi et Shiro, c’est l’urgence de se rappeler que la vie est une petite poussière dans l’infini, mais aussi l’essence même de la poésie.

30 V 2015

Mes illustrations pour Kimi et Shiro combinent ce que j’aime depuis toujours, les couleurs lavées à l’eau et un trait rapide. Je pense autant à mon premier album, Hurlovent, qu’aux Ailes d’Anna. Kimi et Shiro peuvent êtres frères, sœurs, amoureux, amis, jeunes ou vieux, vous pouvez l’offrir au dernier bébé de votre entourage, à votre tata ou à votre neveu reçu au bac, chacun s’y reconnaîtra. Mais s’il vous plaît ne l’achetez pas sur Amazon.

30 V 2015

Et quelques nouvelles : ça va.
Je me suis embarquée dans plusieurs projets qui me font tourner la tête en cette fin d’année scolaire. J’écrirai peut-être quelques mots à propos pendant l’été.
Et Gudule, l’auteure de ma première commande d’illustration est décédée. Je ne l’avais rencontrée qu’une fois, et je n’avais jamais imaginé que ce serait la seule…

>> mon portfolio mis à jour, avec une petite vidéo promotionnelle
>> un article sur Kimi et Shiro
>> un autre article
>> et encore un autre.

 

24 03 2015

derniers souffles

Derniers souffles d’hiver, les carottes du marché m’amusent.

 

Et dernières respirations au centre de la France…

Ceux qui lisent ce blog (depuis juin 2007!) connaissent mon goût pour les voyages en train, en particulier ceux qui roulent lentement et traversent les paysages les plus beaux
Inexorablement, depuis des années, la SNCF programme leur disparition : suppression d’horaires, de portions de trajets, allers-retours et/ou correspondances impossibles, et propose « par défaut » des trajets via de grandes villes, de préférence celles où passe le TGV. Alors que le centre de la France regorge de lignes tout à fait délicieuses de par la beauté sauvage des paysages traversés, le trafic s’amenuise, on remplace les trains par des bus dans lesquels nos jambes n’ont pas de place, où l’on ne peut ni se lever, ni aller aux toilettes, on souffre dans les virages des routes de campagne, on est tributaire des aléas de la circulation à l’entrée des agglomérations, dur de lire, de dessiner, quand souvent il faut en plus subir la radio épuisante du chauffeur. À son ouverture l’année dernière, le site du musée Soulages de Rodez n’indiquait même pas l’existence d’une ligne directe avec Paris! (Et à l’heure actuelle, il n’est nulle part mentionné que quelques merveilleux wagons couchettes circulent chaque nuit entre Rodez et Paris, ni que des correspondances sont possibles via Aurillac, Figeac, Séverac… Et… oh! surprise! Tous les weekends de mai le trafic Intercités sera perturbé pour cause de chantier! Étrange, non?!). On préfèrera vous faire passer par Toulouse ou même Montpellier -pardon? Clermont-Ferrand? Il y a une gare?- vous faire râler car c’est long, vous encourager à prendre l’avion ou un co-voiturage (car les sites de la SNCF proposent sans rire ces replis-là!).

Ce billet comme un plaidoyer pour vos prochaines vacances, prenez le TER ou l’Intercité, prenez le temps! Parcourez avant sa fermeture programmée la ligne Clermont-Béziers (la directe, pas via Lyon! trains 15940 ou 41), qui remonte la haute vallée de l’Allier, dessert un bout de Cantal, franchit le viaduc de Garabit, traverse l’Aubrac, longe les contreforts ouest du Larzac et arrive au bord de la Méditerranée… Transitez de Brive à Clermont, ou inversement, en passant par Aurillac et le Cantal, faites étape dans les villages encore desservis, campings, auberges et rivières sont au rendez-vous!

 

 

17 03 2015

l’enfant bourreau

ce qui chemine toujours

Hier, une colonne dans Libé signalait l’émotion d’élèves Toulousains ayant reconnu un ancien camarade d’école primaire dans le rôle de l’enfant-bourreau apparaissant dans la dernière vidéo choc de l’EI…

Ce n’est pas tant le fait qu’un enfant ait été endoctriné et entraîné à tuer qui me choque, car non seulement ce n’est pas une invention de l’EI, mais il est hélas évident qu’on pouvait s’y attendre (l’enfant soldat étant une constante typique des sociétés corrompues : mafias, milices, etc…) ;  je suis tout autant outrée que des enfants aient eu accès à ces vidéos (via leurs comptes facebook).
Bien sûr qu’on peut parler à nos enfants de la guerre et des ses horreurs, bien sûr qu’on doit éduquer à discerner la propagande et la mise en scène calculée de ces vidéos. Mais justement, nul besoin de les visionner.

Le mois dernier, Abdelasiem El Difraoui, écrivain politologue, spécialiste de la propagande djihadiste, était l’un des invités de l’émission radio Culturesmonde (France Culture) qui ce jour-là proposait une table ronde d’actualité internationale : « La coalition résistera-t-elle à la surenchère macabre de Daesh ?« . Surenchère véhiculée par ces vidéos savamment orchestrées, une guerre médiatique en somme. En soulignant l’appétit des médias à donner des détails macabres, offrant ainsi une large place à l’EI, relayant leur intention de jouer sur nos peurs, Mr El Difraoui déplore l’absence de réflexion approfondie quant à la manière de traiter ces vidéos ; « c’est vraiment le pire des productions de nos sociétés, la société occidentale en général, (…) ces gens ont probablement vu plus de films d’horreur qu’ils ont lu de Coran, (…) ils sont imprégnés des pires productions hollywoodiennes, ou pas, ou de la télé-réalité, et ils transforment cette horreur en réalité ». Quand on sait qu’une majorité d’occidentaux composent les rangs de l’EI, on peut supposer qu’il existe effectivement un lien entre culture de la médiocrité et propagande par l’image filmée. Et questionner la responsabilité de cette médiatisation de l’horreur totale, car précisément, le terrorisme n’existe pas sans médiatisation.

12 03 2015

On met les accents sur les capitales

deux mois après
ce qui chemine

« Je pense que l’arrivée de la PAO (publication assistée par ordinateur) et son expansion si rapide participent à une avancée significative de la démocratie et de la liberté d’expression des hommes. C’est un phénomène qui va dans le même sens que celui de la libéralisation des chaînes de radio et de télévision. La PAO est devenue un fait de société incontournable, comme le furent l’invention de la typographie en son temps et récemment celle d’Internet. En conséquence, chaque personne concernée devrait pouvoir maîtriser l’expression typographique de sa langue (de même qu’elle a déjà appris à lire, écrire et compter) ; sinon on aboutit à du n’importe quoi, c’est à dire une régression culturelle, et c’est ce qui arrive trop souvent. La PAO est si récente que la formation qu’elle exigerait est bien loin d’être en place. »
Yves Perrousseaux – Manuel de TYPOGRAPHIE FRANÇAISE élémentaire
Atelier Perrouseaux éditeur – 1995

Il y a quelques mois, lors d’un conseil d’école, alors que les adultes à qui je confie l’instruction de mes enfants nous distribuaient un document de travail, je déplorais l’absence récurrente d’accent sur un E majuscule (pour ceux qui ont suivi, la réforme de la semaine de 4 jours et demi a instauré des activités péri-éducatives, dites APÉ…). Remarque qui fit sourire sinon rire l’assemblée. Et le corpus enseignant de m’affirmer que c’est la règle en vigueur pour les lettres capitales.
Mes études m’ayant appris une autre vérité, j’eus envie de comprendre d’où venait cette appropriation erronée de l’usage de la typographie. Le livre cité ci-dessus m’expliqua comment les lettres capitales avec accent disparurent parfois des presses, lorsque les accents débordaient le corps des caractères en plomb et se cassaient (bien que certains s’en accommodaient, les typographes, professionnels, savaient aussi ruser) ; puis, et c’est là que la confusion s’installe, à la fin du XIXe siècle. La révolution industrielle produit ses premières machines d’imprimerie ou de secrétariat… premiers modèles anglo-saxons, donc sans accents. La poignée d’années qui s’ensuit habitue les lecteurs à ces entorses, et l’arrivée de modèles francophones ne suffit pas à réparer l’erreur. Ainsi, « pendant près d’un siècle, on a justifié ces contraintes techniques par cette idée reçue idiote, alors qu’il aurait été plus honnête de la reconnaître. » Les logiciels de traitement de texte ont depuis leur apparition largement remédié à ce problème, et pourtant l’enseignement de la dactylographie n’a pas été actualisé, sauf dans les formations spécifiques… même pas si sûr. C’est pourquoi, en 2015 encore, je reçois des courriers dans lesquels je m’appelle Anais [anɛ], soit quelque chose comme « âne-haie ». (J’ai aussi trois enfants que l’administration frrrrançaise nomme avec la plus grande désinvolture [ətiɛn], [valəʁ], et [ãdʁ].)
En 2015, et depuis déjà plusieurs décennies, alors que les ordinateurs équipés d’un clavier Azerty permettent d’écrire la langue française dans toute sa subtilité, l’État et ses représentants les premiers, persistent à ignorer, ou minimiser, cette règle pourtant fondamentale, tant dans l’apprentissage de la langue que dans son usage. La diffusion d’informations, la publication d’ouvrages, d’affiches, la fabrication d’enseignes avec des fautes typographiques (et orthographiques) contribuent non seulement à installer une médiocrité ambiante, mais révèle aussi un appauvrissement de la langue et les difficultés à communiquer qui en découlent ; quand s’exprimer clairement devient un obstacle, on sait que le terreau de la frustration est là.

 



extraits du livre Manuel de TYPOGRAPHIE FRANÇAISE élémentaire, Yves Perrouseaux.

17 02 2015

hibernation choisie

2015 l’année des grosses claques, non?
Un mois après les attentats anti-liberté d’expression / anti-liberté de confession, j’éprouve toujours un grand besoin de me plonger dans mon travail.

Envie de partager quelques bribes heureuses et précieuses de mon quotidien, d’adresser un immense merci à Sybille et Élisabeth pour leurs magnifiques vœux ; les miens, peut-être en mars?