14 04 2014

l’apparente aise

Quel voyage quelle aventure!
Encore sous l’effet du décalage horaire, un pied dans l’eau des caraïbes
et l’autre au fond de mes chaussettes…
Il est temps de noter.

 

Jamais je n’aurais choisi de partir là,
l’opportunité d’une invitation m’y aura menée ;
et la surprise fût totale, au-delà de ce que j’avais pu imaginer,
y être fût tout autre chose.
Comme bon nombre d’entre nous, je ne connaissais Saint Barth’ que pour y avoir vu
Kate, Brad ou Johnny s’y promener dans les Voici et Gala des salles d’attentes de médecin.

 

Saint-Barthélémy est un paysage.
Grandiose et miniature à la fois.
Un paysage de montagnes et de vallées qu’on aurait façonné au plastique fou et fait rétrécir à la cuisson. Il y a quelques routes, étroites, on monte on descend sans cesse, les trajets ne durent jamais plus de quelques minutes. Pourtant les lieux sont bien distincts et semblent lointains les uns des autres. Conduire à Saint-Barthélémy, c’est conduire sur le circuit de petites voitures rêvé par tous les gamins. Car oui, le rapport d’échelle entre l’île et l’être humain semble l’élément essentiel au charme de cet endroit.
Saint Barthélémy c’est la liberté de l’enfance, quand ce n’est pas le retour à la douceur utérine (des plages désertes où l’on se baigne à poil dans l’océan délicieusement tempéré).

 

 

Comme de nombreux endroits sur terre, la vie à Saint Barthélémy a longtemps été rude (exodes, précarité, isolement…) et comme de nombreux endroits sur terre, la modernité a apporté quelques temps l’illusion du réconfort pour finalement glisser dans le délire consumériste, individualiste et urbanisé. (Mais à quel moment exactement avons-nous donc tant dérapé?!). Malgré quelques efforts notoires (pas de panneaux publicitaires, récupération de l’eau de pluie), Saint Barthélémy présente un paysage à la limite de la saturation par l’urbanisation, où l’appât du gain épuise les véritables richesses, non monnayables, de l’île : son paysage, sa faune, sa flore, terrestre et sous-marine… et où l’on voit s’esquisser le point de non retour de ce gâchis. À Saint Barthélémy, ce sont les villas qui poussent, toujours plus grandes, toujours plus luxueuses ; le moindre bout de terre vaut de l’or et toutes les spéculations sont permises. Pour satisfaire l’appétit sans fin de quelques très riches on accepte leurs caprices, quitte à faire intervenir des tribunaux internationaux pour imposer des permis de construire. Les piétons, en plus de subir les grimaces des automobilistes dont ils doivent partager le peu de routes, découvriront une décharge à ciel ouvert, des ravins jonchés de toutes sortes d’objets et de débris, de remblais, de déchets. Les plus pauvres (petites mains indispensables à l’entretien des rêves démesurés des riches) eux n’ont pas le choix, ils doivent circuler en stop, faute de transports en commun. Volonté politique aux intérêts variés. La jeunesse de l’île n’a pour conséquence aucune autonomie. Les loyers sont plus élevés qu’à Paris, mais le smic est le même.

Et pourtant…

Tout ce petit monde « fonctionne », l’endroit est on ne peut plus paisible, les gens courtois,
je n’ai vu personne s’énerver en 10 jours.

 

 

Les Saint Barths vont au supermarché se ravitailler en beurre de Normandie, en picodon et en poireaux importés en containers frigorifiques. Les productions des îles voisines sont tombées en désuétude au prétexte qu’elles coûtent plus cher à faire venir, tout comme les noix de coco abandonnées en abondance dans les luxuriants jardins, juste là pour décorer. À Saint Barthélémy, on est bien aux Antilles, mais on fait comme si on vivait en France ou aux États-Unis.
Le commerce triangulaire est révolu mais l’importation des marchandises « occidentales » est toujours d’actualité… Et c’est là que l’on découvre toute la complexité de l’outre-mer,
car en fait où sommes-nous?!
En France! Oui, l’État et la fonction publique y sont représentés, le bureau de poste de Gustavia est aussi incompréhensible que celui de Rodez sauf si on a une carte « pro », l’électricité coûte le même prix sur la facture, la loi Littoral garantit encore un accès public aux plages…
Mais, dans ce morceau de France, on paie en euros… et aussi en dollars.
On parle officiellement français… pourtant, derrière le brouhaha des touristes américains, on perçoit d’autres intonations, j’ai rencontré plusieurs écoliers en début d’apprentissage du français.
Et pour travailler… il vaut mieux se débrouiller en anglais! (l’histoire singulière de Saint Barthélémy offre même des noms des rues bilingues français-suédois).
Enfin, au bout de cinq ans de résidence, on devient exempt d’impôts.

 

 

Alors alors… c’est quoi Saint Barth’?
Me voilà bien démunie devant la foison de slogans sur tous supports louant l’esprit Saint Barth’… car j’avoue, j’ai ressenti quelque chose de cet ordre.
Un je ne sais quoi convaincant en dépit de mes critiques.
Il y a plusieurs mondes à Saint Barthélémy, qui se croisent, se mélangent, et savent aussi très bien se cloisonner. Comme de précieux amis avec qui partager le plaisir d’être ensemble tout en s’engueulant sur la politique ne gâche jamais l’envie de recommencer.

Saint Barthélémy a le goût de l’innocence et l’ivresse des marins,
puisse-t-elle accéder à la sagesse de la maturité.

PS : Karine, la libraire de Gustavia recrute un employé! Faites-passer!

7 IV 14

1 04 2014

erratum

Chers lecteurs, followers, admirateurs, amis, famille…
j’ai posté hier un billet protégé d’un mot de passe sans penser une seconde que ce type de publication apparaîtrait dans vos mails ou autres dashboards!
Ni même sur la page de mon blog!
Alors je vous dois une petite explication…

Depuis quelques jours j’arpente une petite île lointaine…
je suis invitée pour le festival du livre de Saint Barthélémy.
Et, à l’attention de mes enfants restés en métropole j’ai conçu un petit billet, d’où le mot de passe.

Alors, en attendant des nouvelles plus complètes sur ce que m’inspire mon passage dans cette contrée du Monde, je vous prie de comprendre ce malentendu!

Bien à vous tous et merci pour votre fidélité!

9 03 2014

post-apogée

« la langue                Nous sommes animés, mus par l’esprit. Même si nous n’en avons pas conscience. Pour nous autres êtres humains, la manifestation la plus éclatante ou la plus bouleversante de l’esprit, c’est la langue, le verbe. Je ne pense pas qu’il ait pu être créé par un être humain, puisqu’il présuppose, pour se concevoir, l’existence, précisément, du verbe, qui le conçoit « à son image ». Ce qui frappe dans le livre de Groddeck, l’Être humain comme symbole, recherche sur l’origine des langues, c’est que plus les langues sont primitives plus elles sont complexes : rien n’est plus complexe que le sanscrit. Le grec ancien est plus complexe que le latin, et rien n’est plus primitif que l’américain, cette langue la plus moderne qui soit. L’américain en effet pourrait avoir été conçu par des êtres humains, mais pas le sanscrit. La civilisation ne vient pas au terme, elle est à l’origine. Et ce n’est pas parce que pendant des millénaires les sociétés humaines ont créé de l’humanité qu’il en sera toujours ainsi. La grande aventure du XXe siècle aura été de démontrer que l’humain n’est pas acquis, et que peu à peu on a basculé dans l’infra-humain. Ce qui constitue un être civilisé aujourd’hui n’aurait même pas constitué à d’autres époques le bagage d’un nourrisson de trois mois.

Jusqu’au XIXe siècle la langue portait témoignage du sacré, maintenant elle ne sert plus qu’à témoigner des secousses de la bourse de Honk-Kong. Il y a dix ou vingt ans, les nouvelles économiques étaient considérées comme obscènes, alors, dans Le Monde, il y avait un petit carré dans une page en bas à droite qui publiait ces informations. Aujourd’hui ce sont deux, quatre, huit pages, et puis le sport, les chroniques de société. Les arts que l’on propose s’inscrivent obligatoirement dans ce cadre-là. »

[…]

Roger Lewinter                   ,                                                         ,                                       —                                          —
entretiens                      —                   ,                 —,                        ,                    ,                    —,                            —                  ,
— 1996-2000 —                                ,                           —         —         ,          —                   —                          —                       —
avec                                                   —,                                   —,                                       —                   —                                 —
Alain Berset                                     —,                                                        ,                                  ,                                                            —,
.                                                        —                     —                                  —                                —                 —                    —,                         —,
                                                                                                                          —                                  —                                    —
.                                          —                                                  —,                                                ,                                                 —,                —,
en cours de phrase
                                                    ,                    —,                        ,
éditions
Héros-Limite
Genève
2002

 

 

 


 

 

 

« Ce qui constitue un être civilisé aujourd’hui n’aurait même pas constitué à d’autres époques le bagage d’un nourrisson de trois mois. »

Je ne suis pas nostalgique des époques que je n’ai pas connu.
Mais je constate les traces de leur existence. Le soin apporté aux détails, à la qualité des matériaux, aux marques des artisans.
Celui qu’on appelle progrès en 2014, et que j’appelle paresse, consiste à se rendre dans des grandes surfaces pour acheter qui des portes, qui des fenêtres usinées par des ouvriers sous-payés, avec des dimensions standard, où l’on adaptera le bâtiment à ce standard, on cassera du linteau en pierre taillée pour y glisser du pvc, on bouchera les courants d’air de la vieille bâtisse avec de la mousse isolante, tant pis si ça dégouline à l’extérieur.
De mes pérégrinations sans voiture, je contemple le faste passé des gares, des bâtiments des services publics, il en reste les marques d’une société fière de ses acquis, une société qui préférait s’élever vers le beau plus que se contenter du médiocre ; je vois l’intelligence des paysans qui travaillaient avec leurs mains, leurs murets, tout s’écroule, s’embroussaille, les tracteurs d’aujourd’hui sont trop lourds et ne peuvent rester qu’en bas, à user, creuser et tasser encore et encore les sols inondés.
Les villages abritent les fantômes d’une vie commerçante, quand les devantures ne sont pas transformées en garage, mais l’humain d’aujourd’hui préfère croire qu’il fait des économies en remplissant un caddie à des kilomètres de chez lui.
Laideur banalisée, panneaux publicitaires saturés de messages abrutissants, enseignes en plastique, logos sans droit d’auteur piochés sur g••gle-image, fautes d’orthographe sur les menus des restaurants, vitres recouvertes de films cache-misère imprimés de photos basse définition agrandies 600 fois, cartes de visite gratuites avec le même dessin, obscénité des programmes télévisés…Rendez-nous la beauté rendez-nous la lumière, c’est trop tard Dominique.
L’apogée de la civilisation est bien derrière nous, loin derrière, la fabrication et la banalisation d’objets à jeter sont les signes du déclin désormais amorcé.
Alors je me réjouis, je me réjouis de voir une autre ère arriver, de voir tout ce merdier s’embourber sur lui-même, oui je me réjouis que ceux qui ne veulent pas se réveiller restent endormis, drapés dans leurs idées formatées. Je vis là, mais à ma façon, je cultive et je sème la beauté là où je veux. Je suis libre.

Et à l’heure où moult candidats avides de pouvoir promettent soudain monts et merveilles,
restons réveillés!

2 03 2014

cheminements

Éloge
de
la beauté
la lumière

Hello Mars!

21 02 2014

dans le bain

Bain de soleil dans l’atelier.