

B&W days… we are beginning to see the light…
Merci encore et encore pour votre participation ici!
Je suis ravie de savoir que les 3 coloris vous plaisent!


B&W days… we are beginning to see the light…
Merci encore et encore pour votre participation ici!
Je suis ravie de savoir que les 3 coloris vous plaisent!

This morning I met March and friends.
:–)

Retour après un bref et intense séjour parisien – la signature d’un nouveau projet et une formation très stimulante – j’ai retrouvé ce matin le silence paisible d’ici. Merci à celles qui ont pris le temps de commenter le billet précédent, je ne désespère pas qu’un jour quelque voisin vienne alimenter ce débat.
Juste avant de partir, j’ai retrouvé cette note en écho à mon propos : « Jadis seuls les français ont su créer de grandes plantations, mais ils étaient trop rapaces, ils n’ont pas appris la sagesse des orientaux ; s’arrêter à temps, se contenter du raisonnable » Duong Thu Huong in Terre des oublis, p 153, Éditions Sabine Wespieser.

Savez-vous d’où viennent les deux tiers du coton qui sert à confectionner nos vêtements… et qui les récolte.
I wrote in my last post about agriculture.
Did you know where the two thirds of the world’s cotton is growing in?


C’est beau hein?
Une de mes lectrices du village m’a récemment fait passer l’article suivant (publié par Le Monde jeudi dernier) me suggérant de le diffuser :
«
Pour sauver la planète, sauvons les paysans !
Ceux qui ne renoncent pas travaillent avec le sentiment d’avoir été grugés.
Effectivement, je vois certains agriculteurs d’ici galérer et je me sens complètement solidaire de leur situation actuelle. Personne n’a envie de baisser son niveau de vie, encore moins le monde agricole, qui jusqu’il y a quelques décennies, vivait encore dans des conditions particulièrement difficiles. Je ne souhaite pas le retour du boeuf de labour, ni des moissons à la main, les progrès techniques et l’accès à ceux-ci ont effectivement considérablement amélioré la vie dans les campagnes, je le sais d’autant mieux que je suis issue, comme beaucoup, d’une famille de paysans (ma grand-mère paternelle a mené seule, toute son enfance, le troupeau de moutons familial, la ferme est aujourd’hui conduite par une cousine).
Sans aucun doute les contraintes exigées par les hautes sphères européennes sont souvent complètement absurdes et démentes, sans parler des prix imposés par les enseignes de grande distribution. Mais c’est là que je m’interroge… et je trouve que l’auteure de cet article aurait pu aller plus loin sur cette notion : je vois ici des agriculteurs qui touchent des subventions européennes complètement indécentes (moins que certains banquiers, certes) et mettent ainsi le doigt dans un système extrêmement contraignant qui les oblige à se focaliser sur des notions de rentabilité, de chiffre, d’investissement, contrepartie effectivement peu intéressante, qui ne leur permet pas de choisir le prix de vente de leur production, et qui finalement n’a plus grand chose à voir avec l’agriculture au sens traditionnel. Pourtant, j’ai vu ces mêmes agriculteurs mettre dans leurs caddies de supermarché des fruits et légumes importés, des briques de lait UHT au plus bas prix! Mais je me garderai bien de toute généralité, car j’ai rarement assisté à de telles scènes, nous préférons en effet arpenter les vrais marchés et acheter directement aux producteurs, viande et pain aux artisans dont c’est le métier plutôt que d’engraisser les marges de certains. Cela nous « coûte » une demi-journée par semaine, car il faut changer de commerçant et ça prend un peu plus de temps, mais c’est réellement économique : du raisin vendu en septembre par son producteur, cueilli la veille dans des conditions décentes, se vend jusqu’à 5 fois moins cher qu’en supermarché! (sans parler des innombrables vergers laissés à l’abandon dans lesquels on peut glâner des variétés de pommes ou de prunes absolument exquises!). Autre exemple : je ne comprends pas comment des grandes enseignes de la région dans laquelle je vis, région d’élevage bovin réputée, peuvent proposer des rayonnages entiers de viande acheminées du Nord de la France, quand ce n’est pas d’Argentine ; je comprends encore moins l’attitude du consommateur qui ne regarde que le prix. Comment est-ce possible qu’une bête élevée ici, dans un champ du village, soit transformée à 300 km, pour revenir en steak haché sous vide dans le rayon frais du supermarché d’à côté? Et qui cautionne ce système? Presque tout le monde, agriculteurs compris, car même s’il n’ont pas besoin d’acheter certains produits (leurs congélateurs sont remplis de leurs propres productions), la majorité des consommateurs fonctionne ainsi, sans vigilance ni modération.
Est-ce que les éleveurs de mon village se soucient de savoir où ont été cultivées les céréales qu’ils donnent parfois à leurs bêtes? Ces céréales font-elles réellement vivre un autre agriculteur? Si quelqu’un veut bien me répondre, j’en suis très curieuse. Peut-être une grande enseigne joue les intermédiaires en rachetant des stocks à bas-prix à des propriétaires de terres dans des pays pauvres? (à l’instar de la Corée qui a récemment acquis des milliers d’hectares à Madagascar pour y cultiver des céréales destinées à l’alimentation de leurs porcs et pour assurer la sécurité alimentaire des coréens!!! Les ouvriers qui vont s’occuper de ces terres seront les malgaches affamés qui seront payés à coup de lance-pierre si ce n’est réduits à l’esclavage). Quand est-ce que les consommateurs se soucieront de toute la chaîne alimentaire? Il est actuellement très difficile de savoir qui trinque et qui profite derrière chaque morceau de viande, ou autre produit. Et pourtant, en continuant de consommer comme la majorité actuellement, nous cautionnons forcément à un moment certains grands drames ailleurs. La solution modérée que nous avons personnellement trouvée, est de nous adresser, dans la mesure du possible, directement aux producteurs, réduire le nombre d’intermédiaires, aller au plus près du produit de base. Le « bio » est bien sûr intéressant, mais il n’en est pas moins devenu un business comme les autres, dans lequel de nombreux « grands » revendeurs se font là aussi des marges impressionnantes sur le dos du producteur et du consommateur. L’engouement pour le « bio » me déroute souvent, car les attitudes de consommation se déplacent juste mais ne changent pas. Quel intérêt d’acheter une pizza surgelée bio qui a parcouru 500 km en camion réfrigéré pour atterrir dans le frigo (grand ouvert) d’un magasin? Quel intérêt de consommer du beurre « bio » produit en Bavière quand on habite en Charentes?! Les magasins « bio », malgré leurs beaux discours ne sont hélas pas forcément les meilleurs défenseurs d’une agriculture et d’une consommation raisonnable. Et il m’arrive pourtant encore de « tomber dans le panneau »!
Contrairement à l’auteure de cet article, je ne crois pas que l’avenir des plus habiles et des plus performants soit assuré, au contraire. Ceux qui misent aujourd’hui sur le tout technique, supportant à un seul homme une exploitation qui il y a 40 ans nécessitait la présence de 10 personnes en permanence, ceux-là à mon avis vont droit au mur, n’avoir pour seul but que de s’enrichir financièrement et trimer 24h/24 dans cette perspective-là est de l’auto-destruction, de la vue à court terme. Les récents exemples des amap montrent qu’il y a moyen pour un agriculteur de bien vivre avec une production modérée. Si demain une amap se monte dans mon village, ou celui d’à côté, je serai la première à soutenir ce type d’initiative. Alors oui, dédramatisons la situation, faisons en sorte que les producteurs et les consommateurs soient plus proches, soutenons les économies locales, sans pour autant boycotter les échanges internationaux qui sont une ouverture au monde, je suis intimement convaincue que tout est question de modération.
Enfin, pour revenir à mes photos publiées en tête d’article, oui, la beauté de ces paysages est le résultat du travail des agriculteurs, je n’en ai jamais douté, et je leur en suis extrêmement reconnaissante chaque fois que je les admire. Oui les touristes qui se déplacent pour ces paysages oublient peut-être souvent qu’il y a des siècles d’agriculture derrière… mais à y regarder de plus près, les 20 dernières années ont beaucoup transformé ces paysages (lire à ce propos cet excellent article, via Mme Tods), et à vivre la campagne au quotidien, on y découvre une toute autre réalité : certains chemins sont entretenus certes, mais beaucoup sont oubliés car ils ne sont pas carrossables, quand ils ne disparaissent sous l’écroulement des murets qui les bordent (qui eux, ne sont plus du tout entretenus), ou purement et simplement sous un regroupement de parcelles. Les politiques locales veulent attirer des touristes et des nouveaux arrivants à grand renfort de photos de patrimoine rural, de routes bordées d’arbres, de promenades merveilleuses dans la nature, mais les mêmes continuent d’attribuer des permis de construire pour des bâtiments (agricoles ou individuels) qui effectivement affectent profondément et durablement le paysage, militent pour des élargissements de routes plutôt que de développer des transports en commun, préserver le réseau ferré, les lotissements pululent autour des villages dont de nombreuses vieilles maisons restent fermées toute l’année, quand elle ne sont pas en ruine. Et qui sont la majorité des élus? des agriculteurs ou leurs proches.
Je reste optimiste, les agriculteurs n’abandonneront pas leurs campagnes, je suis même sûre qu’ils peuvent s’en sortir mieux que quiconque car ils savent produire ce qui fait la base de l’alimentation. J’aime vivre à la campagne et je sais que la garantie de cette qualité de vie, je la dois aux agriculteurs, mais je sais aussi que je peux dire, écrire, argumenter ce que je pense : il n’y a pas que les agriculteurs pour parler de l’agriculture. Et nous sommes bien d’accord, nous avons tous besoin les uns des autres, de critiques et d’encouragements, nul ne détient la vérité.
Sur ce, je vous laisse débattre si vous le voulez, je pars travailler quelques jours dans la capitale, prendre ma dose d’urbanité indispensable à mon équilibre!









La frontière entre les saisons s’appelle Février, le mois de tous les possibles.
Alors que la glace campe fermement à l’ombre du nord, la vie se réveille sous les rayons du midi, le changement de cycle est amorcé et l’hiver écrit ses dernières cartes avant de plier bagage.
|
|
© Anaïs Massini 2009-2010 |